Artiste franco-uruguayenne, au carrefour de plusieurs cultures, Margarita Saad met en avant l'universalité de l'oeuvre d'art à partir de la création de signes et d'alphabets imaginaires.
Margarita Saad — Artiste plasticienne franco-uruguayenne
Démarche
Née à Montevideo, Margarita Saad a grandi entre plusieurs langues, alphabets et cultures — ceux de sa famille, et au-delà, ceux du monde. Son grand-père libanais lui enseigna à tracer son nom en calligraphie arabe, qui n’était pour elle, enfant, qu’un joli dessin. C’est là que tout commence : dans cet espace où l’écriture est déjà une image, et l’image déjà un signe.
Sa recherche s’appuie sur des signes de sa propre invention, conçus à partir d’écritures multiples — idéogrammes mayas et chinois, alphabets latin, arabe, hébreu. De cette réunion naît une écriture multiculturelle qui évite d’imposer un sens unique. Graphein — ce vocable grec qui associe écrire et peindre, qui désigne en même temps le signe graphique et le trait pictural — définit la nature exacte de son travail.
Le mystère et le jeu sont au cœur de son œuvre. Margarita Saad transporte dans le présent l’actualité de formes très anciennes — au moyen de l’expérimentation plastique — tout en les projetant vers le futur. Sous sa main, les trois axes du temps cessent d’être perçus contradictoirement.
La littérature occupe dans sa démarche une place centrale et vivante. Inspirée par Borges, Calvino, Diderot et Georges Perec, elle développe des projets où les textes, pris dans leur matérialité, deviennent des vecteurs d’expérimentation plastique. Sa série « J’ai retrouvé les e », créée pour le vingtième anniversaire de la disparition de Perec, est un dialogue plastique avec La Disparition — ce roman écrit sans la lettre e. Durant sa résidence au Leverhulme Trust / UCL, elle mène une recherche approfondie sur la traduction des textes oulipiens en anglais, et réalise des entretiens filmés avec plusieurs membres de l’Oulipo : Marcel Bénabou, Paul Fournel (président de l’Oulipo), Ian Monk, Frédéric Forte, Hervé Le Tellier et Olivier Salon.
Dans ses peintures, installations et sculptures, elle multiplie les perspectives sémantiques sans jamais privilégier une lecture plutôt qu’une autre. Ses paysages imaginaires sont des espaces ludiques, ouverts à toutes les interprétations — c’est la sensibilité de celui qui regarde qui importe.